Entrevista de Irina Teodorescu

Les 25 et 26 mai derniers, nous recevions Irina Teodorescu lors d’une rencontre littéraire animée par Bouziane Khodja

 

Bonjour à tous, aujourd’hui nous recevons Irina Teodorescu, écrivaine et auteure de deux romans ainsi que d’un recueil de nouvelles. Bonjour Irina, bienvenue à l’Institut Français, vous êtes une jeune auteure ayant déjà publié plusieurs livres. Pouvez-vous brièvement nous parler de ces trois ouvrages?

Irina Teodorescu : Alors, bonjour à tous, merci de m’avoir reçu ici. Trois ouvrages, alors le premier, c’était un recueil de nouvelles, et il s’appelle “Treize”, parce qu’il y avait treize nouvelles. Il y a treize nouvelles dedans. Alors après il y a deux romans, donc le premier roman “La malédiction du bandit moustachu”, pour résumer très très vite, c’est l’histoire d’une famille qui se fait maudire par un bandit moustachu, et donc on suit cette famille, c’est donc comme une saga familiale, mais très condensée puisque ce n’est pas un roman de mille pages, peut-être cent-soixante-dix je crois, quelque chose comme ça. Et le deuxième roman “Les étrangères”, paru en 2015, raconte l’histoire de deux femmes amoureuses, donc c’est une histoire d’amour, et de deux femmes qui sont artistes, donc c’est aussi une histoire de création artistique.

C’est un peu une épopée aussi, elle partent de Roumanie, si je ne me trompe pas, pour aller vers Paris, non?

Voilà, elles partent de Roumanie et puis après, il y a aussi le voyage de l’une d’entre elles, elle va dans un endroit qui n’existe pas en réalité qui s’appelle Callors et qui a suscité beaucoup d’intérêt. Il y a des gens qui m’ont demandé, ils voulaient savoir aussi où c’était pour aller en vacances… ça n’existe pas…

Voilà donc en 2015, vous avez donc publié ce deuxième roman qui a eu donc plusieurs prix, il me semble, littéraires? Un en tout cas?

Alors, le deuxième a eu un prix. Le prix du récit de l’ailleurs, justement, je pense que c’est par rapport à cet “ailleurs” qui n’existe pas, et le premier, deux prix littéraires en France.

En quelle année est sorti le premier?

Le premier roman en 2014.

2014, donc oui, c’est allé assez vite entre la publication du premier puis du second, il y a une année de différence…

Oui, parce que moi j’avais commencé l’écriture du premier… du deuxième pardon, en même temps presque que le premier. Ensuite j’ai laissé tombé, j’ai écrit celui qui a été le premier mais j’avais déjà une graine d’idée et de premières pages écrites de ce deuxième. Donc quand le premier est paru, je me suis dit bon, plutôt qu’être, enfin c’est un peu stressant la parution d’un livre et plutôt que de me laisser manger un peu par ce stress-là, bin autant m’occuper d’autre chose et en l’occurrence, l’écriture d’un roman, ça occupe bien, donc c’était parfait.

Alors, donc, vous êtes d’origine roumaine, vous vivez en France et vous écrivez en français. Cela résulte-t-il pardon d’un choix prémédité ou alors pas du tout… comment en êtes-vous venue à écrire en français en fait, c’est ça peut-être ma question?

Alors, effectivement je suis roumaine d’origine et je vis en France depuis maintenant dix-huit ans. Lorsque j’ai commencé à écrire en français, ça faisait à peu près dix ans que j’habitais en France et voilà, ma vie est à Paris, j’ai des enfants… voilà, je vis une vie française. Donc pour moi il n’y avait pas du tout de raisons… je ne me suis pas posée la question en fait, avant qu’on me la pose. Cette question est vraiment venue de l’extérieur, pour moi c’était naturel de parler en français.

Et du coup vous avez aussi des écrits en roumain? Vous écriviez, j’imagine avant d’être en France peut-être, vous avez écrit… comment est-ce que vous en êtes venue à l’écriture d’ailleurs?

Bin en fait, l’écriture, j’aimais bien écrire quand j’étais petite mais alors moi je suis partie de Roumanie quand j’avais dix-neuf ans, donc je n’ai pas commencé une vie professionelle en Roumanie. Mais  j’ai commencé mes études, de beaux-arts en l’occurrence, et bon déjà je suis une grande lectrice, j’aime bien lire et j’ai toujours eu des histoires à raconter.

Et ensuite vous êtes passée au côté éditorial de la chose, vous avez envoyé vos manuscrits peut-être? Comment ça s’est passé, le pas, franchir le pas vers, présenter son travail à des maisons d’édition, j’imagine que ça aussi c’est peut-être un grand pas à franchir?

Je crois que ça dépend de chacun. Pour moi, oui, bin à un moment je me suis dit, tiens, c’était pour les nouvelles, le premier et je me suis dit tiens peut-être qu’il y en a assez pour faire un recueil, je les ai mises, il y en avait plusieurs, il n’y en avait pas que treize, donc j’ai envoyé, j’ai fait , voilà, j’ai imprimé, je les ai mises ensembles et j’ai déposé dans des maisons d’éditions parisiennes et ça me paraissait très, je sais pas comme un monde à part, le monde de l’édition et tout ça. Mais aujourd’hui je me dis, bin, peut-être 90% des manuscrits qui sont publiés sont envoyés par la poste. Enfin, j’avais une image qui était assez fausse de ce que c’était le monde de l’édition à l’époque. Du coup voilà, j’ai envoyé, et il y a un moment où j’ai reçu une réponse positive pour les nouvelles puis j’ai recommencé pour le roman, là ça a été très très rapide, tous les éditeurs ils mettent, bon, il faut attendre six mois pour avoir une réponse, ils mettent un peu un espèce de bouclier de temps comme ça entre eux et les auteurs, et voilà, j’ai envoyé par la poste et j’ai été contactée cinq jours plus tard.

Ah oui d’accord, donc c’est allé très vite. Vous êtes en plus d’être écrivaine, une artiste multi tâches entre guillemets on va dire, vous êtes à la fois graphiste, dessinatrice et donc écrivaine. Comment est-ce que vous vous organisez pour mener à bien toutes ces différentes carrières?

Mal. Je suis quelqu'un de très mal organisé, et j'ai à peine... ouais, je passe souvent des journées où à la fin de la journée je suis fâchée contre moi même, parce que je me propose de... là j'essaye un nouveau truc, je me dis bon le matin c'est l'écriture et l'après-midi, bin j'ai un petit studio de communication donc je fais du graphisme ou du suivi de projet en communication. Donc je me dis bin l'après-midi, c'est pour la communication et souvent en fait ça se mélange parce que le matin en fait je reçois des coups de fil et finalement je réponds et finalement il faut que j'envoie un mail derrière, faut que je fasse je ne sais quoi et finalement c'était urgent, et puis... Ou alors je n'ai pas fini ce que j'ai commencé le matin pour l'écriture et donc ça continue sur l'aprèm, enfin... Et puis, il y a mes enfants qui rentrent, et puis il y a le chat qui miaule, et puis il y a mon copain qui me dit « viens on va au restaurant », voilà c'est très...

Oui bon voilà, c'est la vie quoi en gros, faut savoir s'accorder...

J'aimerais bien trouver comme ça une recette magique, être une Marie Poppins...

En tout cas moi j'ai regardé votre page internet, je l'ai trouvée super bien, super simple d'accès, super... jolie, tout simplement et il y a ce petit côté humoristique dans la partie justement “graphiste” avec les petites vignettes... D'ailleurs est-ce que vous pouvez nous donner l'adresse pour les auditeurs?

Et bin c'est mon nom, Irinateodorescu.com

Voilà, donc je vous conseille à vous autres auditeurs d'aller y jeter un œil, et notamment aussi il y a la partie de dessins que vous produisez...

Alors je fais une troisième... je sais pas trop du coup comment les séparer parce que pour moi, c'est... tout se mélange, en fait c'est, la partie dessin, ces dessins là en particulier qui sont donc des portraits, je le dis parce qu'on est à la radio, on ne peut pas montrer... donc c'est des portraits avec un texte dessous, c'est dessin et texte.

Les textes justement, je me permets de vous couper, les textes de ces dessins sont inventés? ou... c'est à dire... parce que vous proposez de faire les portraits de personnes que vous ne connaissez pas j'imagine? Enfin... et donc vous vous projetez un petit peu dans ce que vous ressentez de ces personnes-là que vous dessinez ou comment ça fonctionne?

Bin en fait c'est des prédictions.

Des prédictions, voilà c'est ça.

Pour les gens donc... les gens ils peuvent venir, je fais leur portrait, dessiné, et en dessous, j'écris une prédiction pour l'avenir. Evidemment, j'ai des dons absolument incroyables de voyance et je lis dans les yeux des personnes et voilà, je n'ai plus qu'à écrire ce que je lis dans les yeux. Voilà.

Non, mais c'est vraiment très chouette et vraiment j'invite les auditeurs à visiter votre page internet et à rester connectés à votre travail qui est très valeureux. Vous êtes donc pour cette petite tournée en Aragon, accompagnée par Bouziane Khodja. Bonjour Bouziane. Alors pourriez-vous nous dire quelques mots du regard que vous portez sur le travail d'Irina?

Bouziane Khodja : Ah oui, c'est un travail fantastique, moi j'ai découvert Irina il n’y a pas très longtemps et j'étais vraiment fasciné non seulement par la manière d'écrire mais par l'audace. Quand j'ai vu qu'elle était arrivée à Paris à seulement dix-neuf ans et donc ça fait, bon disons, une partie de sa vie était en Roumanie, et puis elle a, elle a très vite assimilé cette langue française que beaucoup de puristes qualifient de difficile etc... Et puis elle a été comme une éponge, non seulement le travail de la langue donc de l'outil langue, mais il y a aussi ce style d'écriture et ceci donc dénote vraiment une efficacité extraordinaire parce que c'est une très bonne narratrice, elle joue sur plusieurs genre en même temps parce qu'on ne peut pas l'étiqueter. Moi j'aurais été tenté de l'appeler  une SDF de la littérature, c'est à dire au sens Sans Dénomination Fixe ou même Sans Genre Fixe et c'est génial parce qu'elle est dans l'humour, elle est dans le dramatique, elle est dans une épopée, dans une chronique de son pays d'origine mais pour toucher un public français, c'est difficile. Donc si on arrive à une certaine notoriété d'un écrivain reconnu et qui vend, et c'est ça ce qui est important, donc qui atteint un lectorat important, ça veut dire qu'on a gagné sa partie.

Tout à fait, et on peut en plus rajouter la petite touche fantaisiste que vous mettez dans vos écrits qui apporte... qui ouvre encore à mon sens une fenêtre supplémentaire.

Moi j'ajouterais peut-être quelque chose mais avec votre permission, ce que je trouve chez... je rencontre déjà énormément de lecteurs... de pardon, d'auteurs parce que j'anime donc plusieurs café littéraires à travers les instituts français  en Espagne, et donc il y a de très très grosses pointures, et puis donc il y a ceux qui viennent, ceux qui montent, les étoiles montantes comme Irina, elle commence à briller et ça c'est fantastique. Mais ce que j'aime beaucoup chez Irina, c'est sa sincérité, parce que nous avons déjà fait deux rencontres, une au Levant, dans le Levant espagnol, et puis ici à Saragosse. Nous en ferons une autre à Huesca, et j'aime beaucoup sa sincérité, beaucoup d'auteurs se limitent “oui pour écrire je m'isole et je fais ça” mais elle, elle a défini dans ces rencontres comment sont les mécanismes de l'écriture chez elle, sa spontanéité et sa lucidité dans l'écriture. Ce sont deux traits de caractère d'un grand écrivain. Et vous avez peut-être devant vous, comme je l'ai dit, le futur Goncourt dans quelques années.

Je vous le souhaite

Ah oui, oui, certainement

Merci beaucoup

D'ailleurs il y a une anecdote qu'on raconte. J'ai eu la chance de recevoir dans mes cafés littéraires beaucoup de prix Goncourt, mais par la suite, c'est à dire que mon escale était peut-être bénéfique pour eux. Et donc on murmure dans les salons parisiens autour des écrivains “Si tu veux avoir le Goncourt, il faut passer par le café littéraire de Valence”, et donc, c'est quelque chose de magnifique, pour un Institut, pour les Instituts Français qui sont en Espagne de pouvoir, que le public puisse rencontrer des écrivains, ceux qui sont déjà au sommet et ceux qui arrivent, ils se bousculent au portillon, il y en a beaucoup, mais il y en a qui brillent déjà et je suis toujours ravi de recevoir ces gens donc avant que leur étoile ne brille parce que c'est là où ils sont sincères, on verra, il y en a qui changent, y'en a d'autres que non. Voilà.

Oui, je pense qu'il faut garder les pieds sur terre et je pense que vous les avez bien ancrés et un petit peu la tête dans les étoiles aussi quand même. Peut-être que vous allez pouvoir nous parler de vos prochains projets? Si vous en avez déjà en commencement...

Alors, oui, pardon je suis très touchée par ce que Bouziane Khodja vient de dire... donc là je suis en train de travailler sur un troisième roman, et donc un quatrième livre que j'ai presque fini, donc à priori, si tout se passe bien, c'est, normalement, ça devrait sortir en 2018, plutôt début 2018 mais on va voir. Et sinon, je suis en train d'écrire une pièce de théâtre, voilà, je m'essaye à d'autres genres on va dire, on va voir ce que ça donne.

Bin je vous souhaite toute la réussite du monde en tout cas et je vous remercie infiniment tous les deux de nous avoir reçu.

Moi j'aimerais ajouter un petit mot parce que je crois que j'imagine que c'est pour vos auditeurs, ceux qui aprennent la langue française non? Alors j'ai vraiment un conseil: lisez, vous savez pourquoi? Je racontais justement à Irina mon avenir... mon aventure pardon, mon aventure linguistique en Espagne. Moi quand je suis arrivé en Espagne, il y a seulement six-sept ans je ne parlais pas un mot d'espagnol, et je lui ai dit je me suis mis à lire et j'ai lu énormément pour pouvoir parler l'espagnol. Et c'est pour ça que moi souvent je dis à tous ceux qui prennent cette aventure linguistique d'apprendre une autre langue, de lire énormément, même si on ne comprend pas, on note, c'est les sonorités, c'est le rêve, c'est l'imaginaire et des romans sont faits pour ça parce que ce sont comme j'ai dit hier des passeurs de frontières et ça c'est génial, alors lisez!

Je vous remercie beaucoup Bouziane pour ce conseil précieux, merci à vous deux, merci !

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