ENTREVISTA - MICHÈLE MASSÉ

 

Eric Cihigoyenetche: Bonjour à tous, bienvenue dans cette nouvelle web radio, aujourd’hui donc nous avons la chance et l’honneur de recevoir Michèle Massé qui est réalisatrice de films et de documentaires. Bienvenue Michèle Massé, comment allez-vous?

Michèle Massé: Très bien, merci

EC: Très bien. Donc vous venez nous présenter un de vos films qui s’appelle “L’Engagement” dans le cadre du Mois du Film Documentaire. Pouvez-vous nous parler de la genèse de ce documentaire?

MM: Alors, c’est un film sur ma mère, dont l’histoire remonte à très très loin puisque quand j’avais 17 ans, j’ai commencé à écrire un scénario de film fiction avec ma mère sur son histoire pendant la 2ème Guerre Mondiale et j’ai laissé ça de côté parce qu’à l’époque, j’étais très jeune et trop jeune pour raconter cette histoire là, et ensuite, il y a quelques années, j’ai fait un film sur des femmes chinoises et le producteur avec lequel j’ai travaillé m’a demandé à la fin de ce film si j’avais une autre envie de film et je lui ai parlé de plusieurs projets et il m’a dit “ah mais celui sur ta mère, j’aimerais bien” puis finalement, j’ai fait le film pas avec ce producteur mais en tout cas j’ai fait ce film.

EC: D’accord, c’est une belle histoire. L’Engagement, comme vous disiez, retrace l’itinéraire de Josèphe Cardin qui est donc votre maman, qui durant l’invasion nazie a porté l’étoile de David en soutien à son amie qui était juive et, plus largement, en soutien aux juifs. Elle fût malheureusement arrêtée et enfermée plusieurs mois dans un camp nazi. Comment avez-vous découvert cette histoire, à quel moment?

MM: Je l’ai découverte quand j’étais adolescente parce que ma mère me l’a racontée, et puis ensuite ma mère est décédée, en 1992, et la veille de sa mort, elle m’a téléphoné parce qu’elle devait se faire opérer d’une hanche, elle m’a dit “ tu sais ce qu’il y a à faire si jamais il m’arrivait quelque chose” et le lendemain, malheureusement, elle est décédée. Donc moi, des années après, le temps de faire le deuil j’imagine, j’ai repensé à son histoire pendant la 2ème Guerre Mondiale, au fait qu’elle avait porté cette étoile sans être juive, qu'elle avait été arrêtée et internée au camp des Tourelles et puis au camp de Drancy, et j'ai eu l'idée d'en faire un film, un film documentaire.

EC: Et la réaction que vous avez eu le jour où votre mère vous a raconté cette histoire pour la 1ère fois, vous me disiez que vous étiez adolescente?

MM: Oui, j'étais adolescente.

EC: Vous vous souvenez un petit peu de la sensation que ça a provoqué chez vous?

MM: C'était extrêmement étonnant d'abord, et puis c'était quelque chose d'étrange, de douloureux, y avait plein de choses mêlées en fait, ma mère portait une sorte de culpabilité de n'avoir pas pu s'occuper mieux des enfants, enfin s'occuper plus des enfants avec lesquels elle s'était retrouvée au camp de Drancy qui en fait, ces enfants là ont été déportés à Auschwitz, dans leur majorité, donc c'est resté quelque chose, c'est un traumatisme qui est resté chez elle.

EC: Faut aussi rappeler que votre famille, on parle de votre mère mais votre famille était quand même assez impliquée dans la Résistance, ce film aussi, le titre de ce film, c'est un peu un hommage peut être à tout ça, bien sûr donc, il témoigne de l'engagement de votre mère mais aussi par ce biais là, à partir du moment où vous avez finalisé ce film, c'est devenu peut-être votre propre engagement?

MM: Oui, c'est les deux en fait, c'est l'engagement en effet de ma mère, l'engagement de mes grands parents également qui étaient des humanistes et qui avaient décidé de faire des choses et de ne pas rester passif mais c'est bien sûr mon engagement à moi face à ce, cette demande de ma mère à la veille de sa mort.

EC: Ouais, est-ce que ça a été difficile la réalisation de ce documentaire, techniquement, comment est-ce que vous avez fait pour retrouver les personnes qui ont connu votre mère, vous étiez encore en contact peut-être avec ces personnes là?

MM: Certaines, oui, notemment l'amie la pllus proche de ma mère parce qu'elle a été proche d'elle pendant 50 ans et que donc je la connaissais, elles se voyaient régulièrement même si cette amie habitait en Suisse, elle venait régulièrement chez mes parents etc... Après les autres personnes je les ai rencontrées un peu... alors une des personnes je l'ai rencontré par l'intermédiaire de cette amie de ma mère, elle était restée en contact avec un monsieur qui s'appelle Georges Marcellet, quant à Roger Grenier qui est un autre des intervenants, c'est quelqu'un qui travaille aux éditions Gallimard et qui y travaille toujours donc je l'ai recontacté par ce biais là, mais de toutes façons ma mère avait continué à le voir, donc ses coordonnées étaient faciles à trouver et Perle Golsdman est malheureusement décédée juste avant que je en commence le tournage du film et j'ai rencontré sa fille et c'est sa fille qui a témoigné pour elle, c'est devenu une sorte de oui, de passage de relais comme ça d'une génération à une autre.

EC: Oui, c'est un peu ça qui ressort de ce film, finalement l'humanité, vous parliez d'humanisme mais oui, y a une très forte humanité dans ce film et bon, enfin c'est touchant quoi. Est-ce que bon, j'imagine que la réalisation de ce documentaire vous l'avez traité peut-être d'une autre façon que la majorité de vos autres films.

MM: Oui, bon d'abord c'était quand même un défi qui avait une importance particulière pour moi, chaque film est un défi mais celui là, je voulais vraiment le faire d'une certaine manière et je voulais qu'il soit conforme à ce que je pensais juste entre guillemets, donc c'est un film qui était très écrit, j'avais un scénario, justement, là comme je suis venue présenter le film, j'ai repris un petit peu le dossier de production et je me suis rendue compte que le film colle vraiment bien au scénario malgrè quelques changements, mais je voulais le faire d'une certaine façon et cette façon là elle nécessitait de l'argent, donc il a fallu attendre pour trouver l'argent pour... et puis il a fallu être plutôt malin, flexible, parce qu'il y avait des choses que je voulais et on avait pas l'argent pour les faire, donc voilà, c'est, ce qui a été un petit peu compliqué c'est le fait que je voulais tourner moi en Super 8, au départ c'était compliqué de tourner en Super 8 parce que le Super 8 n'est pas un format très très stable, donc la production a décidé qu'on tournerait en Super 16, on a ensuite on a trafiqué un petit peu l'image pour avoir une impression de Super 8, c'était important pour moi parce que mes parents ont beaucoup filmé leur famille et leurs enfants, donc ils ont filmé en 8 puis en Super 8 et c'était important pour moi d'avoir cette, ce format qui était comme un fil conducteur en fait et qui allait jusqu'à ma nièce qui est le passage de relais encore une fois de l'histoire.

EC: Donc finalement, voilà, vous êtes réalisatrice mais c'est quelque chose qui vient de loin en fait.

MM: Oui, oui, c'est un film très personnel.

EC: Oui, et où en êtes vous au jour d'aujourd'hui, quels sont vos projets, sur quels projets vous travaillez?

MM: A lors, je travaille sur plusieurs projets, je travaille sur un projet qui est l'histoire d'une de mes amies qui fait de la musique electro-acoustique, qui travaille en réalité virtuelle et qui souhaiterait aller interroger les aborigènes d'Australie sur ce qui est le champ des pistes, c'est leur façon de cartographier leur espace, voilà, de le retransmettre après et elle elle aimerait les interroger sur la géographie de l'espace, des espaces en 3D, des espaces virtuels. Parce qu'elle a un 1er projet en 3D et elle souhaite faire un second projet en 3D sur cette base de leur cartographie à eux d'avoir un nouveau projet à elle et moi j'aimerais bien documenter cette, toute cette aventure.

EC: Là c'est un gros travail j'imagine aussi

MM: C'est un gros travail aussi, et puis j'ai un autre projet qui est un petit peu plus simple à mettre en oeuvre qui est un portrait d'une activiste qui était dans un autre de mes films. En fait dans un de mes films y a, j'ai fait les portraits de 4 femmes et je vais maintenant m'attaquer au portrait d'une des femmes qui était dans ce film pour faire quelque chose de plus dense de plus fouillé, plus quoi? Je en sais pas, enfin plus dense en tout cas pour faire un portrait...

EC: Complet

MM: Complet ouais.

EC: Vous pouvez peut-être nous dire dans quel film on pouvait la retrouver?

MM: Alors on peut la retrouver dans “Las ventanas abiertas” et c'est une femme qui s'appelle Boti Garcia Rodrigo et qui est une activiste des droits LGBT et qui a une histoire, vraiment une belle histoire de vie.

EC: D'accord bin on va rester attentifs à la sortie de ce film, j'espère que vous viendrez nous le présenter quand il sera terminé.

MM: Absolument, absolument, avec grand plaisir.

EC: Voilà, merci infiniment Michèle de nous avoir accordé un peu de votre temps, j'en profite pour inciter les auditeurs à voir vos films et à profiter de vos films, bonne continuation et au plaisir bien sûr d'une nouvelle rencontre. Merci et à bientôt.

MM: Merci beaucoup.

 

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