ENTREVISTA - PATRICK BAZ

Del 17 al 30 de junio, podéis visitar la exposición de fotos de Patrick Baz en el Centro Joaquín Roncal

 

Bonjour à tous, aujourd’hui nous recevons Patrick Baz, photojournaliste et directeur de l’Agence France-Presse au moyen orient de 1995 à 2016.

Bonjour Patrick, comme je viens de l’annoncer, vous êtes donc un photo journaliste ayant couvert de nombreux conflits au Moyen Orient notamment. vous avez également été directeur photo de l’AFP au Moyen Orient, pouvez-vous nous expliquer et expliquer à nos auditeurs en quoi consiste votre métier s’il vous plaît ?

D’abord, je suis photojournaliste, c’est à dire que… photojournaliste, ce n’est pas essentiellement photographe de guerre mais j’ai choisi cette voie depuis mes débuts, et donc je fais des photos, dans des zones de conflit, qui sont distribuées par l’Agence France-Presse à tous les médias du monde pratiquement et sous forme d’abonnement. C’est à dire qu’un média s’abonne au service photo de l’AFP, il peut aussi s’abonner aux textes, à la vidéo etc… et reçoit en moyenne dans les 600 à 700 photos par jour… de tous les coins du monde.

D’accord. Et vous êtes combien de journalistes, dans l’agence ?

On est, en fait on est un peu plus de 2000.

D’accord. Vous pouvez nous parler un petit peu de la période pendant laquelle vous avez été directeur photo de l’AFP ?

Alors j’ai fondé les Desk Photo pour le Moyen Orient et l’Afrique du Nord, c’est à dire que j’ai monté déjà tout un réseau de photographes dans cette région du monde. J’ai formé ces gens-là à faire des photos, encore une fois, ce n’est pas essentiellement des photos de guerre, c’est vrai que la région est connue pour être un peu en conflit, dans les conflits, dans une zone de conflits, mais bon il y a des pays dans ces régions-là qui ne sont pas des pays en guerre, donc nous pouvons faire des défilés de mode, nous pouvons faire des festivals de cinéma, nous couvrons une actualité normale, des sujets qu’on appelle des sujets magazine, c’est-à-dire que ça peut aller de la vie des transgenres au Liban jusqu’à ce que vous avez exposé ici je crois, c’est à dire les femmes motardes au Moyen Orient. Voilà, c’est des sujets un peu différents des conflits.

Donc tous ces photographes transmettent leurs images à un Desk Photo qui est basé à Chypre et qui refait, alors on a huit personnes qui font… qui tournent de 9h du matin jusqu’à 11h du soir, qui surveillent en fait que les légendes soient bien écrites, l’origine des images, voilà, les métadonnées dans les images avant de les valider pour publication.

Comment se prépare-t-on pour entrer dans une zone de conflit, je sais pas s’il y a une préparation possible?

Oui, bien sûr qu’il y a une préparation ! D’abord il faut savoir où on va, ce que je dis toujours aux jeunes journalistes qui veulent aller sur une zone de conflit: apprenez l’histoire du conflit et du pays et surtout de la population avant de foncer tête devant. Il est essentiel de connaître l’histoire afin de savoir où vous allez, les belligérants. Ça c’est d’une part. D’autre part, il faut s’équiper. Alors y a des zones où il est essentiel de mette un gilet pare-balle et un casque parce que ça vous protège et il y a d’autres régions où le mettre ne vous protège pas. Pourquoi? Parce que vous vous faites repérer tout de suite et vous vous faites ou enlever ou voler, ou… Vous êtes tout de suite reconnu comme étant journaliste. Vous ne pouvez pas vous promener dans la rue avec un gilet et un casque et il faut faire très attention à ça.

La deuxième chose c’est qu’il faut savoir quelles sont les armes qui sont utilisées dans ces conflits. Si vous êtes en Afrique, ça peut être limité à l’arme blanche et à la kalachnikov mais si vous allez en Syrie, ça va de l’enlèvement jusqu’au bombardement aérien donc il faut savoir comment se comporter. Donc il y a des stages qui sont faits. Il faut surtout, surtout, surtout prendre des cours de premier soins, soins d’urgence parce que ça peut sauver une vie. Ces choses-là sont très importantes et pour ça je vous dis, qu’est-ce qu’un champ de mines, qu’est-ce qu’une mine, en quoi consiste une mine, à quoi elle ressemble aujourd’hui? Il y a des stages qui sont faits, je crois que RSF assiste beaucoup de journalistes pour faire ces stages-là. RSF prête des gilets, des casques, conseille, savoir où vous allez, qu’est-ce que vous allez trouver comme conflit, voilà comment vous comporter, faire attention aussi, voilà, et surtout faire attention au chauffeur parce que le chauffeur et ce qu’on appelle le fixeur ou votre traducteur est votre vie, et c’est eux qui vont vous guider, ce sont vos sherpas, et voilà.

Ça c’est des contacts, ces personnes-là, que vous vous êtes fait au préalable?

Oui, ça c’est, bien sûr, c’est avec l’expérience que vous arrivez à savoir qui est bon, qui est mauvais, qui peut vous protéger, qui va détaler avant vous, qui va faire en sorte de vous rattraper avant que ça ne se passe mal, voilà, ce genre de…

D’accord, bon… et comment, une fois que vous êtes sur place vous assurez votre sécurité, votre propre sécurité, c’est à travers des réseaux comme ça de personnes ?…

Votre propre sécurité, il faut savoir une chose, c’est qu’elle est aléatoire. Vous ne pouvez rien contre un avion qui va larguer une bombe sur votre hôtel ou à l’endroit où vous résidez. Vous ne pouvez pratiquement pas résister à un enlèvement, vous pouvez y échapper si vous le voyez venir.

Comment on réagit face à un enlèvement par exemple?

Il ne faut pas, il ne faut pas, il ne faut pas réagir. Si vous pouvez vous échapper avant éventuellement, si vous le voyez venir, oui, mais sinon, le conseil que l’on donne toujours c'est: ne luttez pas contre vos agresseurs parce qu’il vaut mieux que vous soyez enlevés sans blessures que passer de nuits dans un cachot avec un trou de balle dans le corps. Maintenant il y a des alarmes, il y a des applications sur des téléphones qu'on peut déclencher, qu'on peut... mais bon, il faut le voir venir l'enlèvement, parce que si on vous tombe dessus, voilà, en l'espace de quelques secondes, vous n'avez pas le temps de... mais bon... voilà ça aussi on vous en parle dans les cours, dans les stages de formation de survie en fait, on vous apprend comment vous comporter dans les... Après ce qu'il faut savoir c'est que nous sommes des civils, nous ne sommes pas des militaires et que nous ne réagissons pas de la même façon, voilà, et que ce que l’on voit au cinéma, c'est des fantasmes et c'est de la fiction, voilà.

Les agresseurs, enfin les belligérants vous considèrent toujours au jour d'aujourd’hui comme des civils?

Ils nous considèrent en fait, dans la partie, en Syrie surtout, comme une source d'argent et de propagande, civils pas civils, ça ne les intéresse pas. Ce qui les intéresse c'est de toucher le pognon, et encore une fois ce qu'il faut savoir c'est que vous n'êtes pas directement, nécessairement, directement enlevé par les belligérants, vous pouvez être enlevés par des trafiquants, par des gens qui, dès qu'ils vous voient savent que vous êtes un étranger, voient “dollar” s'afficher sur votre front, ils vont vous enlever et vous vendre.

Voilà, monnaie d'échange.

Voilà, monnaie d'échange au plus offrant. Et ça sera Daesh ou ça sera Al Nosra ou ça sera des belligérants mais, voilà, ils vous vendent pour 100 000. Et Daesh vous vendra pour 3 millions à l'état français, ou 4 millions, je ne sais pas, j'annonce des chiffres comme ça, mais, voilà, c'est des trafiquants qui probablement vous enlèveront avant même, ou vous donneront à Daesh ou à d'autres, voilà. Même parfois, vos guides peuvent vous balancer.

Donc il en faut se fier à personne.

Parfois, même des... dans ce genre de situation, les gens qui veulent votre... qui vous veulent en fait, vont faire pression sur vos sherpas... alors ces pressions peuvent être carrément des pressions, ils peuvent enlever par exemple les enfants de votre sherpa ou même les parents ou même les membres de la famille et leur dire voilà, vous le voulez, nous on veut l'étranger, vous avez beau faire confiance à votre sherpa mais...

Oui voilà, il n’y a aucune règle quoi.

Il n’y a aucune règle.

Quel type de photo vous aimez faire dans ces conditions-là ? Enfin je veux dire, en général vous ne faites pas de photos de combats, vous avez un œil plutôt...

Ah, on évolue, en fait moi j'ai commencé à faire des photos de combat et j'ai fini par faire des photos de ce que vous exposez aujourd'hui, la vie dans la guerre.

Vous pouvez nous parler de cette exposition qu'on inaugure aujourd'hui en votre présence ?

Et bien écoutez, c'est une expo qui parle de la vie dans la guerre, chaque image montre en fait comment les gens vivent dans les zones de conflit. C'est assez intéressant parce que pour moi c'était... comme j'ai grandi dans la guerre, parce que bon, je suis né au Liban, j'avais 12 ans quand la guerre, le conflit libanais, a commencé et ça m'est revenu tout d'un coup en fait je crois que c'est des histoires de mémoires visuelle donc j'ai commencé à faire des photos dans les zones de conflit en me disant mais moi j'ai vécu dans la guerre, j'ai vécu, je ne dirais pas normalement, mais il y a une vie dans la guerre et comment est-ce qu'on la vit cette vie dans la guerre? Voilà donc je me suis mis à faire des photos de gens qui vivaient dans la guerre, alors il y a toujours les deux éléments dans mes images, il y a un élément de vie, il y a un élément de mort, ou qui reflète la mort et voilà.

Combien de temps en moyenne est-ce que vous restez dans une zone de guerre ? C'est aléatoire, ça dépend ?

C'est très aléatoire, ça dépend du conflit, ça dépend du danger, ça dépend de combien vous tenez, c'est vraiment, ça varie en général 15 jours à 3 semaines, maximum, après vous pétez un plomb, c'est pas... Maintenant ça dépend du pays aussi et puis ça dépend de la zone. Par exemple à Bagdad on fait des rotations de 6 semaines mais les 6 semaines ne sont pas sur une zone de conflit, on peut faire 2 semaines sur une zone de conflit et rentrer au bureau dans la zone sécurisée, se reposer un peu, repartir ou faire autre chose, donc... Mais chaque pays en fait, chaque conflit a son... maintenant vous avez des résidents parce qu'il faut... on parle de nous mais on ne parle pas des locaux qui travaillent pour l'AFP et qui eux vivent dans ces zones-là, qui travaillent et vivent, je pense aux syriens, je pense aux irakiens, je pense aux yéménites, je pense aux palestiniens de Gaza qui eux... Nous avons des journalistes, un bureau à Gaza par exemple et ils ne sortent pas de Gaza, il ne peuvent pas sortir de Gaza et chaque fois qu'on veut en sortir un, c'est la croix et la bannière, on fait beaucoup d'efforts pour les sortir, pour qu'ils voient autre chose, voilà, pour qu'ils respirent un coup mais c'est...

Oui, ça doit être très très compliqué !

C'est très compliqué. Nous avons actuellement, nous avons sorti quatre photographes syriens de Syrie qui sont réfugiés à Paris, qui ont travaillé pour nous depuis le début du conflit et qui sont à Paris en tant que réfugiés parce que bon ils ne pouvaient plus rester donc voilà. On essaye absolument de sortir tous ces gens qui travaillent pour nous ou de les aider quand on ne peut pas les sortir.

Comment est-ce que vous voyez l'issue de ce conflit par exemple, en particulier la Syrie qui est... bon vous connaissez la situation bien mieux que moi j'imagine mais... vous voyez une issue?

Tout de suite là ? Non, tout de suite là il n’y a pas d'issue. Vous savez le conflit libanais par exemple a duré 30 ans, presque, 1975 à 1991, oui, voilà... Donc le conflit en Syrie vient de débuter il n’y a pas longtemps, il y a à peine 5 ans, donc non, je ne vois pas tout de suite non, encore une dizaine d'années facile avant qu'on puisse trouver une issue, c'est la même chose au Yemen, c'est la même chose dans... vous savez le conflit israélo-palestinien, je dirais dure depuis 2000 ans.

Oui, il n'a jamais cessé.

Il n'a jamais cessé, c'est une région qui est... qui malheureusement… il y a des pays encore une fois je le répète, j'insiste, qui ne sont pas en guerre, dans lesquels les gens vivent normalement quoi, mais à leurs frontières, voilà, il y a un conflit.

Vous pouvez-nous parler de vos futurs projets ?

Alors, mes futurs projets… Comme je vous ai dit, je photographie la vie. Donc là je vais un peu plus développer mon... le sujet que j'avais débuté sur les transgenres au Liban, j'ai fait, là je publie en novembre un livre sur... qui va s'intituler “Chrétiens du Liban”, d'ailleurs ça m'amuse beaucoup de me faire interviewer chez vous dans une chapelle. En fait c'est un livre photo, j'ai passé un peu plus de deux ans  à travailler dessus et en fait ça a été, l'idée est venue sur le fait qu'ils sont totalement différents des chrétiens de la région, parce qu'en fait, les chrétiens du Liban, c'est des gens qui ont toujours été, une communauté qui a toujours été présente et politiquement et militairement, et qui n'a jamais... qui a toujours fait face aux massacres parce que c'est une communauté qui est à part, qui est géographiquement bien dessinée, qui habite ce qu'on appelle le pays chrétien, et qui, malgré le fait qu'elle a subi des massacres, a aussi massacré et donc se retrouve, malheureusement, dans une situation de communauté à respecter parce qu'elle a participé à des conflits, ce qui n'est pas le cas des chrétiens d'Irak, de Syrie, etc... Et donc je me suis dit avec la menace Daesh qui existait à l'époque, qui aujourd'hui est uniquement une menace d'attaque terroriste, qui n'est plus une menace d'avancée géographique, je me suis dit qu'il y avait quelque chose à faire sur cette communauté, voilà, c'est une approche visuelle... et beaucoup de projets qui petit à petit, voilà, voient le jour.

Ce livre, on pourra le trouver en Europe?

Bien sûr, sur internet. C'est publié aux éditions Tamyras qui est une maison d'édition libanaise et qui et distribuée par Book Widi et ça va s'appeler je crois “Chrétiens du Liban”

“Chrétiens du Liban”. Je vous remercie infiniment Patrick d'avoir répondu à ces quelques questions, je vous souhaite un excellent séjour à Saragosse.

Merci de m'avoir accueilli chez vous.

Et au plaisir d'une nouvelle rencontre !

Mais j'espère bien ! Merci.

À bientôt!

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